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Système éducatif

Le diplôme fonctionne comme une double peine  -  par JPG

C'est le titre d'une interview de la sociologue Marie Duru-Bella qui, dans Libération de ce jour, analyse le système éducatif français fondé sur le mérite. L’école, loin de réduire les inégalités, finit par les creuser.

Extraits :
"Pour permettre de monter dans l’échelle sociale, il faut davantage d’emplois de cadres. L’école délivre des diplômes en fonction d’un certain nombre de critères scolaires. Mais c’est de l’économie que dépend l’emploi. On l’oublie parfois car en France, l’école est perçue comme toute puissante.

Si l’on regarde sur un siècle, il y a moins de distance aujourd’hui entre un cadre et un ouvrier, pour ce qui est des goûts culturels, de l’intérêt pour l’actualité… Au début du XXsiècle, un ouvrier ne savait pas toujours lire. L’école a homogénéisé la population. Elle a aussi rapproché les filles et les garçons. Elle a donc bien été un facteur d’égalisation. [...] Mais depuis, les jeunes sont davantage diplômés, face à des places de cadres qui ne sont guère plus nombreuses. La compétition est donc plus dure car il y a plus de prétendants. Ceci explique pourquoi l’image de l’école ascenseur social semble bien écornée !

Il faut bien répondre à la question posée depuis Platon : les places dans la société - éboueur, cadre supérieur, etc. - sont inégales, comment les répartir ? En France, nous répondons par la méritocratie scolaire : ceux qui méritent d’avoir les meilleures places sont ceux qui réussissent à l’école. On pense que c’est juste et l’on renvoie à l’école la responsabilité de répartir les places. Mais on pourrait aussi imaginer une société où la répartition se ferait au hasard. Si c’était le cas, on s’intéresserait peut-être plus à l’égalité, aux conditions de travail…

Nous avons une confiance plus forte dans le diplôme [que dans d'autres pays ndlr]. Le sociologue François Dubet explique qu’en France, l’éducation a été à la base de la construction du pays. D’une certaine façon, l’école s’est substituée à l’Eglise et a acquis une dimension quasi religieuse.

En France, le diplôme fonctionne comme une double peine. Dès les petites classes, avec l’apprentissage de la lecture, il y a des inégalités de réussite selon le milieu social. Or, peut-on parler de mérite pour un enfant de 6 ans ? [ Plus tard, ces enfants vont quitter l’école avec moins de diplômes, et occuperont les places les plus basses. Non seulement ils ont été pénalisés à l’école, mais ils le seront toute leur vie. C’est pourquoi je parle de double peine. 

[L'Allemagne] n’a pas adopté le système du collège unique mais a gardé un système à filières. Les cursus pour les enfants d’ouvriers et de cadres sont plus inégaux qu’en France. Pourtant, les inégalités sociales sont moins fortes ensuite. Que vous ayez pris la voie royale qu’est le Gymnazium ou la voie professionnelle, on peut se rattraper ensuite. En France, les jeunes sortis de la filière professionnelle ne rejoignent pratiquement jamais les places sociales élevées. Il y a peu de secondes chances et la formation continue est très peu développée.

Il faudrait dissocier les dimensions éducation et insertion professionnelle des études. Car l’école éduque aussi. On n’envoie pas seulement son enfant en classe pour le travail qu’il fera plus tard, mais pour d’autres raisons - qu’il grandisse, s’épanouisse, qu’il apprenne à se concentrer, à travailler avec les autres… Il faudrait avoir un temps pour l’éducation «gratuite», où l’élève découvre de nouveaux horizons, fait des activités sportives et culturelles, puis un temps où on le prépare et l’aide à trouver sa voie professionnelle. Actuellement, on mélange tout. Si un collégien de 6e dit aimer la musique et le dessin, on lui répond: attention l’important, ce sont les maths. L’obsession de la sélection est là très tôt.

En Italie, le niveau scolaire moyen est inférieur au nôtre, mais les inégalités sont moindres entre les élèves. Ils s’entraident, dans un bon climat. Idem dans les écoles anglo-saxonnes, où l’on prend le jeune tel qu’il est, où l’école est une petite communauté. Nous, nous avons une tradition d’académisme très forte. Un chercheur anglais a fait ce résumé : en France, les profs viennent faire cours, les élèves viennent apprendre. Il a été frappé par la froideur du climat scolaire, surtout dans le secondaire."
Publié le 11/09/2010 - 11:09  
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Commentaires

Réaction n°1  -   par  Pench le 18/04/2011 - 10:48

J'ai assisté à une conférence de Dubet. Très intéressant : de ce que j'ai compris (prudence, donc ... j'espère ne pas trop déformer sa pensée), il replace le transfert Eglise - Ecole dans le cadre d'un changement de paradigme à la Révolution [Recherche du Bien (défini par l'Eglise)  / Recherche de la Vérité (portée par La Science et l'Ecole)]. Ce transfert constitue en soi un acte de révolutionnaire (Modernité) mais il en résulte un certain conservatisme (Héritage - Tradition) : un des nombreux paradoxes qui habitent notre système éducatif et qui met sous tensions des attentes opposées.
Son discours sur la remise en question d'une notion d'un progrès linéaire, hérité des Lumières, est également très "éclairant" : on ne peut plus croire que demain sera forcément mieux ; l'histoire a démontré des régressions (la 2nde GM, notamment, a révélé que les progrès politique, moral, religieux ... n'étaient pas linéaires. Visiblement, le progrès économique non plus et le progrès technique l'est-il ?). Cette remise en cause d'un progrès linéaire est très in-sécurisante ; la conviction de l'existence de ce progrès permettait au moins de penser que si notre position sociale demeurait identique à celle de nos parents, nos conditions de vie seraient meilleures. Qui peut dire cela aujourd'hui ?
A l'occasion, F. Dubet tord le cou à "l'Ecole ascenseur social" qui serait une exception dans l'histoire de notre système. Ainsi, le paysan  qui avait le "Certif" restait paysan. En revanche, il avait tissé des liens plus forts avec la Nation. Il était plus Français ... Certes, la République extrayait du bas de l'échelle sociale quelques individus pour en faire des "sous-officiers" (gendarmes, postiers, instituteurs ...) ; pourquoi s'en priver ? mais ce n'était pas l'objectif de l'Ecole.
F. Dubet a observé qu'une école égalitaire ne générait pas forcément une école égalitaire et inversement. Il a cherché à comprendre et il explique que c'est le poids du diplôme qui crée l'inégalité de notre Ecole et plus nous insistons sur l'importance du diplôme, plus nous créons de la pression et de l'inégalité. Encore un paradoxe ....

Réaction n°2  -   par  Pench le 18/04/2011 - 10:55

J'ai oublié de dire que le poids du diplôme est d'autant plus fort que nous ne prenons pas en compte les connaissances et compétences acquises en cours de route (on a le diplôme ou rien !). En outre, il n'est pas intégré que ces connaissances et compétences puissent s'acquérir en dehors de l'Ecole (un peu l'entreprise, quand même, dans la voie professionnelle ... et puis, quel réel crédit est-il donné à l'enseignement professionnel ?).


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